Mono-Parentalité

 

« Monoparentale », non, ce n’est pas un « gros mot »

 On assiste aujourd’hui non seulement à une augmentation du nombre des femmes qui élèvent seules un ou plusieurs enfants mais surtout à des changements sociétaux subtils.

En effet, une mère célibataire n’est plus excommuniée et rejetée franchement de sa communauté mais l’opprobre demeure au sein même des institutions. L’allocation parent isolée (API) a été créé pour la sauvegarde de l’enfant et c’est la moindre des choses que cette solidarité existe dans un pays riche comme la France. Toutefois, cette indemnité de survie ne tient pas compte de cette évidence : pour qu’un enfant se porte bien, il faut que sa mère aille bien. Or, si cette dernière tente de refaire sa vie avec un nouveau compagnon, l’allocation est supprimée. Et pour qu’une femme isolée puisse trouver un emploi et un mode de garde pour son bébé, nous sommes dans un conte de fée mais pas dans la réalité.

Dans ce domaine, la morale du discours dominant a peu évolué :
« Faire un enfant seule, c’est mal.(sic) Mais bon, ce n’est pas forcément de sa faute à cette pauvre mère courage ! ». Mais si elle reste seule, c’est louche, voire condamnable dans l’intérêt de l’enfant, bien sûr ! ». (re-Sic).

Et l’intérêt de la femme dans tout ça ?

Le boulot, le grand et les petits, pour boucler les fins de mois, les courses, le ménage, le garagiste et le bricolage, les visites médicales, les réunions de parents d’élèves,  les factures, les repas –équilibrés, variés et bon marchés- évidemment, les baby-sitters introuvables et trop chères, les combines, la débrouille, les insomnies, la fatigue, le regard des autres qui disent : « essaies de rester séduisante tout de même ! » ou bien  « comment ? Tu ne pars pas en vacances ! ». Et puis ce que personne ne dit mais que tout le monde pense: « Attention cette belle jeune femme disponible va nous piquer nos maris !» ou bien « Je l’inviterais bien à diner mais c’est fatiguant à la fin, elle ne se déplace jamais sans son gamin, le pauvre chou, il se couche à pas d’heure ! »

La famille monoparentale qui est l’expression d’une réalité nouvelle de notre millénaire est toujours considérée comme marginale. Pourtant le dernier recensement démographique de 1999  donne des chiffres en nette augmentation depuis 10 ans;

1 million 500 000 mono parentalité, ce qui représente plus de 20% des familles en France. Le corolaire de cette augmentation est une augmentation significative de la pauvreté et de la précarité pour ces familles monoparentales.

Les femmes continuent à assurer presque exclusivement la charge de l’éducation des enfants dans la majorité des familles. La contribution financière du père en moins, ou devenant un enjeu que les tribunaux sont incapables de faire obtenir, la parité homme/femme reste un rêve inaccessible. Au lieu de négocier dans le couple un partage des attributions, c’est à dire pouvoir et autonomie de décision pour chacun au sein du couple ou de la famille, c’est par avocats interposés que le débat a lieu.

Dans le meilleur des cas, Madame prend un amant qui devient le « faisant fonction de père ». Dans le pire des cas, c’est le « couple mère-enfant qui trinque ».

Ce qui était du domaine privé devient public et c’est alors à la société toute entière que la mère célibataire doit faire face. Dans son vécu quotidien elle doit donner des garanties de moralité et qu’importent les épreuves qu’elle a traversées, les droits du père sont à l’honneur, remis à la mode par une horde de psychologues et de législateurs de tous poils. Oui les pères ont des droits, heureusement, mais ils ont aussi des devoirs qui passent le plus souvent à la trappe.

Elever un enfant seule est rarement un choix.
C’est un état de fait.

La mère, le plus souvent est isolée et si elle ne l’est pas au moment de la naissance de son enfant, elle le devient. Les journées n’aillant que 24h, la fatigue s’accumulant et le budget diminuant au fur et à mesure que l’enfant grandit, la mère célibataire sort de moins en moins souvent, prend de moins en moins de vacances, voit de moins en moins de gens.

Très mauvais, le huit clos ! disent les psychologues et autres éducateurs. L’enfant doit garder des liens avec son père. En effet, mais là ça se complique. Il y a des pères respectueux qui payent leur pension alimentaire régulièrement et téléphonent pour demander s’ils peuvent passer, qui vont aux réunions de parents d’élèves et emmènent leur enfant chez le médecin ou au match de foot le week-end. Il y en a bien sûr, mais peu. La garde partagée est souvent plus partagée par Madame que par Monsieur. Quant à se mettre d’accord pour un système éducatif cohérent, on peut toujours rêver.

La famille monoparentale a des conséquences sur la santé qui se dégrade plus et plus rapidement pour les femmes mères célibataires que dans les familles classiques. Majoritairement, les femmes continuent à assurer presque exclusivement la charge de l’éducation des enfants. Les métiers de la petite enfance sont presque exclusivement exercés par des femmes. On espère voir bientôt des hommes puéricultrices dans les crèches.

La contribution financière du père  devenant un enjeu auprès des tribunaux, les mères célibataires ont un vécu bien différent de leur maternité. En effet, impossible d’assumer les deux rôles en même temps et la construction intime de la maternité s’en trouve modifiée.

Dans le meilleur des cas, Madame prend un amant qui devient le « faisant fonction de père ».

Quelques avantages :

Les femmes seules à élever un ou plusieurs enfants peuvent cependant y trouver des bénéfices secondaires ; gain de temps considérable pour chaque décision à prendre, autonomie sociale et financière qui donne un grisant sentiment de liberté (uniquement à la saison où les journées passent de 24 à 34 heures !), disponibilité sur le marché de la séduction. Cette disponibilité a son revers de la médaille qui peut aggraver l’isolement car cette disponibilité peut être perçue comme une menace pour les couples installés.

En revanche, les inconvénients sont nombreux :

Ce qui était du domaine privé devient public et c’est alors à la société toute entière que la mère célibataire doit se confronter. Elle doit donner des garanties de moralité et qu’importent les épreuves qu’elle traverse, les droits du père sont à l’honneur, remis à la mode par une horde de psychologues de tous poils.

Au lieu de négocier dans le couple parental un partage des attributions de chacun, c’est à dire du pouvoir et de l’autonomie de décision de chacun au sein du couple ou de la famille, c’est le plus souvent par avocats interposés que le débat a lieu.

 

Le père, un absent qui prend de la place:

 L’absence du père se décline de bien des manières:

Pas de père connu.
Père connu mais loin.
Le père officiellement présent mais absent dans le quotidien.
Le père présent accaparé par ses responsabilités professionnelles.
Le père en pointillés.

Dans tous les cas, l’absence du père est vécue par la nouvelle mère comme un manque qui lui rend la situation plus difficile. Etrangement, c’est parfois les pères absents qui prennent la plus grande place. Ce manque emplie la tête de la mère qui ne parvient pas toujours à se concentrer avec plaisir sur les soins donnés à son enfant.

Quant au père absent, il y a une grande diversité d’absences. Certains sont présents physiquement dans la maison mais sont absent de la relation parentale. D’autres au contraire s’occupent du bébé « en plus » des soins donnés par la mère mais sans prendre la responsabilité pleine et entière de la parentalité. Non seulement tous les degrés de paternité sont possibles mais ils sont évolutifs dans le temps.

Si la grossesse est d’emblée une aventure solitaire,

le « géniteur » existe, de façon visible pour tous. Comment vivre au mieux cette absence/présence ?
La encore, les situations sont multiples mais dans tous les cas, il est important de constituer un recueil d’objets, de photos, de représentations de l’existence de cet homme. Ces objets référents seront aussi important pour l’enfant que pour sa mère.
Pratico/pratique:
Quand la situation le permet et si le père a un logement indépendant et qu’il est d’accord pour contribuer à l’éducation de son enfant, un compte bancaire ouvert au nom de l’enfant et géré par le parent qui a la charge quotidienne de l’enfant permet de clarifier la situation ; les allocations, cadeaux et participations financières du père viennent alimenter ce compte qui sert à toutes les dépenses faite pour l’enfant.

La déclaration et la reconnaissance officielle à la Mairie

est une acte symbolique majeur. Dans les grandes maternités, un officier d’état civil vient au chevet de la patiente pendant son séjour. Cette organisation pratique évite aux pères l’obligation de se déplacer pour effectuer cette démarche. Ils peuvent néanmoins la faire pendant la grossesse, sans l’accord de Madame.

L’un et/ou l’autre des deux parents peuvent faire à la Mairie une reconnaissance anticipée. Sauf accord des parents, le premier déclarant transmettra son nom à l’enfant.

Quand le père est complètement absent, et même si l’enfant n’a pas été reconnu par son père, cet homme, celui identifié par la mère est néanmoins le géniteur. Qu’il reconnaisse sa paternité ou pas, il est, et restera celui par qui la femme est devenu mère de cet enfant-là. C’est pourquoi il est important de conserver pour l’enfant des informations, objets, photos, histoires concernant cet homme-père.

 

 

 

 

Catherine Claire Greiner