Le couple, sa vie son oeuvre

Une évidence chronologique n’est pas toujours une réalité de fait. En effet, si la constitution d’un couple est toujours antérieure à la naissance d’un enfant, le couple devient un couple parental et cette mutation n’est pas toujours simple.

Le nouveau-né qui inaugure la création d’une nouvelle unité familiale, occupe souvent le centre du monde psychique et réel de la vie des jeunes parents. Au cœur des préoccupations des nouveaux parents, le bébé prend toute la place. Cette exclusivité est bienvenue dans un premier temps. La question est de savoir quand reprendre la main, à quel moment il convient d’infléchir les priorités.
Combien de décisions sont prises au nom du bien-être de ce nouveau-né sans prendre en considération celui de chacun des parents ?

Pourtant, il ne faut jamais perdre de vue que pour qu’un enfant aille bien, il faut que ses parents aillent bien. Et pour que les parents aillent bien, ils doivent pouvoir construire leur vie sans que les choix soient faits au détriment de l’un des deux, voire du couple.

Le renoncement à une vie professionnelle épanouie ne devrait jamais être la règle. Pourtant, en ces temps de crise et d’incertitude, bébé peut occuper toute la place.

L’accession au statut de parent ne se fait pas de la même manière, ni au même rythme  pour les femmes et pour les hommes.

Le conjoint de la femme et le père de l’enfant se trouve être la même personne. Qu’il soit investi de sa future paternité pendant la grossesse ou qu’il garde ses distances, c’est toujours au moment de la naissance qu’il prend une place différente. Hormis les cas de « couvades », qui sont des manifestations physiques chez l’homme pendant la grossesse de sa femme, l’homme ne vit pas corporellement sa paternité. Une fois l’enfant né, ce nouveau statut devient réalité. Qu’il soit désiré ou pas, ce nouvel état de fait n’est pas toujours une évidence. Le devenir père ne se fait ni au même rythme, ni de la même manière que pour la femme. Cette dernière qui prolonge la relation fusionnelle de la grossesse avec son nouveau-né ne laisse pas toujours une place suffisante pour que le « tout-juste-père » puisse l’occuper.

Madame:

Quand les jeunes mères non mariées continuent à se présenter comme « Mademoiselle Dupond », quelque chose de cette transformation parentale n’est pas encore abouti.

Ce n’est pas non plus par ce qu’une femme a accouché qu’elle est installée dans sa  position maternelle. Une élaboration psychique complexe est à l’œuvre pour devenir mère et être à la fois une femme.

Cette femme qui ne sera jamais plus celle qui n’a pas été enceinte et n’a pas accouché. Il est vain de tenter de redevenir « comme avant ». Avec la naissance d’un enfant, la femme ne pose plus sur le monde le même regard. Son système de référence se modifie ainsi que les choix de vie qui en découlent.

Monsieur:

Pour un homme, qui n’a pas vécu d’inscription corporelle, la paternité se décline différemment. Alors que la femme entretient avec son fœtus pendant la grossesse une relation fusionnelle, le père lui, doit batailler parfois pour prendre une place dont les limites sont d’autant plus floues qu’elles sont relativement récentes.

Ce n’est pas parce qu’on voit de plus en plus de pères qui s’occupent des bébés que cette position est acquise et reconnue socialement.

Quand bébé pleure, le couple vacille :

 Un couple sur quatre se sépare à la naissance d’un enfant !
C’est dire combien ce virage est dangereux…

Pendant la grossesse  et surtout après la naissance, le nouveau couple parental va devoir s construire une identité nouvelle de couple, distincte des fonctions parentales.

La période post-natale est pleines d’embuches ; fatigue, ajustements familiaux, inquiétudes pour cette nouvelle personne avec laquelle il faut « faire connaissance », rien n’est simple.

Comment partager avec l’autre ce qui se passe pour soi, quand on ne le sait pas encore soi-même ?

Comment reprendre une sexualité quand plus rien n’est « comme avant » ?

Comment répartir les tâches entre maternage et paternage ?

Comment concilier vie de famille et vie professionnelle ?

Autant de questions à aborder avec un professionnel qui peut accompagner cette étrange métamorphose qu’est la parentalité.

Quand les parents crient les enfants trinquent

Que dire de la mésentente des parents, qui comme chacun sait est une situation courante dans les familles ? Les cris à la maison font-ils partie d’une vie de famille normale sans conséquence sur les enfants et leur développement ? Une atmosphère orageuse est-elle le signe d’un dysfonctionnement grave des relations qui aboutit à la séparation des parents ou au contraire un épisode normal dans la vie d’une famille ?

Ca crie, c’est ça la vie !
S’il n’y a pas réellement de norme définie concernant cette sphère très personnelle de la vie de chacun, il y a pourtant des familles où le niveau sonore est toujours supérieur à celui des voisins et où il faut hurler pour se faire entendre sans que l’on puisse parler de violence. C’est un mode de fonctionnement qui ne perturbe personne.

D’autres fonctionnements sont d’apparence plus calme et les scènes entre adultes sont rares mais destructrices.

Comment réagissent les nouveaux-nés et les enfants face à ces cris, comment savoir si leur équilibre est menacé et que proposer quand les enfants sont pris en otage dans les conflits des grands ?

Les réponses sont multiples. Ce qui semble important, c’est de pouvoir disposer d’un lieu pour pouvoir en parler. Ces lieux existent en amont des dispositifs de prise en charge dans les cas de dysfonctionnement grave ou de violence. Ces lieux de prévention sont les centres de PMI et aussi les cabinets des sages-femmes libérales et des médecins généralistes.

Anciens enfants nous-mêmes, nous avons tous des souvenirs douloureux des disputes de nos parents, sentiments mêlés de peur, de sidération, de culpabilité. Ces conflits parentaux sont-ils un mal nécessaire qui fait partie intégrante de la vie de famille ou bien doivent-ils être évités, absolument, car dévastateurs pour l’avenir de nos enfants ?

Quand les parents crient, l’enfant se tait.

En cas de conflit entre les parents l’enfant se fait tout petit et se retire du champ relationnel des « grands » pour se protéger.

Quand les conflits, les disputes et les difficultés relationnelles d’un couple parental ont des répercussions sur les enfants on doit consulter, se faire aider et c’est une démarche difficile mais facilitée quand elle a été évoquée en amont, dans le calme de la grossesse et du désir d’enfant. La préparation à la naissance et à la parentalité est aussi alors ce qu’elle doit être; un espace de prévention.

 

Catherine Claire Greiner