La fratrie

Dans la construction psychologique d’un individu, l’influence de la fratrie est parfois bien plus grande que celle des parents.

L’Aîné est l’enfant de la famille né le premier. La place de l’aîné est particulièrement importante au sein de la fratrie. Le droit d’aînesse hier, mais aussi l’espoir que les parents portent sur lui encore font que l’aîné garde un sentiment de responsabilité sur ses cadet(te)s.
Il est celui des enfants qui a pour mission inconsciente de transmettre à l’identique le patrimoine familial, le nom, les valeurs du système.

Le cadet désigne l’enfant qui vient après l’aîné. Au sens figuré, « cadet » désigne une personne plus jeune que celui dont on parle, (une chose moindre dans un texte « le cadet de mes soucis »).
Sa position dans le système familial le désigne pourtant comme celui des enfants, surtout si c’est un garçon qui a en charge de faire fructifier l’héritage. Historiquement, c’était le guerrier qui agrandissait le territoire du clan, aujourd’hui, il gagne de l’argent.

Le benjamin  ou « benjamine » désigne le dernier enfant d’une fratrie. Il désigne également parfois l’enfant préféré des parents par rapport à ses frères ou sœurs. Ce mot prend son origine du personnage biblique Benjamin, dernier fils de Jacob.
C’est celui qui devient religieux, ou artiste, ou voyageur. Son rôle dans la famille est fondamental; électron libre, il vient poser les questions qui fâchent et déranger l’ordre familial établi.

 

Comment se construit la famille  ?

Tout commence à l’arrivée d’un deuxième enfant, un drame pour l’aîné, qui perd son unicité.
Selon Freud, l’ainé apprécie exactement le tort que va lui faire le petit étranger. D’emblée, l’affection manifestée envers les plus jeunes est teintée de jalousie, de haine, de vœux de mort parfois exprimés avec la plus grande candeur.  La rivalité fraternelle se joue autour de l’amour parental. Il s’agit d’une jalousie nécessaire car la jalousie est le processus par lequel l’enfant apprend, en se comparant, à se différencier de ses frères et sœurs pour devenir « lui-même », une tâche moins aisée dans les fratries de même sexe proches en âge. Lacan évoquait  cette haine inhérente à l’amour, consécutive à la nécessité de renoncer à la fusion.

La place de chacun se crée par rapport à la relation parentale. Cette relation originelle va progressivement se modifier avec l’apparition des spécificité du caractère de chacun des enfants.

L’accent mis par Freud sur la problématique œdipienne – l’enfant rêvant d’évincer son parent de même sexe pour prendre sa place auprès du parent de sexe opposé – a longtemps conduit à ne regarder les relations fraternelles que sous l’angle de la rivalité. Mais la fratrie se vit aussi, et peut-être avant tout, comme « une identité collective, un “nous” partageant le même inconscient familial», explique Marie-Laure Colonna, psychanalyste jungienne.

Demi-frère et demie-sœur ? Non.

Il est grand temps de cesser de couper les enfant en deux moitiés !

Les frères ou les sœurs n’ayant qu’un seul de leurs parents en commun ne sont pas des « demi-frères ou demies-sœurs ». Ce sont des membres de la famille à part entière.

L’usage veut que les frères ou les sœurs de même père mais de mères différentes sont dits « frères consanguins ou sœurs consanguines » et les frères ou les sœurs de même mère mais de pères différents sont dits « frères utérins ou sœurs utérines »
Ce vocabulaire est source de bien des conflits et surtout est une manière de juger ces enfants « moins » importants », les excluant de fait d’un système familial et d’une réalité de la vie quotidienne.

Quand le vocabulaire est rétrograde:

La fratrie désigne les frères et soeurs de la famille, en donnant la préséance aux garçons. Son pendant féminin n’est pas son équivalent ce qui en dit long sur le sexisme familial.
En effet le terme « sororité » a, en français, plusieurs significations.
I
l provient du terme latin soror, qui signifie sœur ou cousine. En latin médiéval, il a désigné une communauté religieuse de femmes.
En France, il a maintenant deux significations.
Ce terme a d’abord été utilisé par les féministes dans les années 1970 pour traduire le terme anglais sisterhood que les mouvements féministes américains avaient fabriqué en réaction au terme brotherhood (fraternité). Il est alors l’expression de la solidarité entre femmes. Il s’apparente à la fraternité mais pas à la fratrie.
La sororité désigne les liens entre les femmes qui se sentent des similitudes, des affinités, des vécus semblables, dus au fait qu’elles partagent la même condition féminine, qu’elles ont le même statut social. C’est un terme qui est surtout utilisé par les féministes.
Un équivalent de « fratrie » incluant les soeurs pourrait être:
enfantrie,
progéniturie,
descendance…
En 2018, le lexique familial devrait être enrichi. En effet, tout le monde sait ce qu’est un orpheline ou un orphelin, mais comment nomme-t-on un parent qui a perdu son enfant ?

Quoi retenir à la naissance d’un autre enfant ?

Que les ainés ne sont pas contents.
En effet, Ils ont peur de perdre, non seulement l’amour des parents mais aussi et surtout leur place dans la famille, laquelle va changer. Inexorablement.

L’enfant unique va devoir partager sa vie avec un(e) inconnu(e) mais il dégringole aussi de sa toute puissance et se demande s’il correspond encore à l’attente de ces parents. Il se dit parfois qu’il n’est « pas assez bien » puisqu’ils en ont fait « un autre » qui risque de le détrôner. En général, et quel que soit son âge, il a parfaitement compris qu’on attend de lui qu’il soit « content ». C’est pourquoi il va souvent, dans un premier temps « donner le change » et avoir le comportement qu’il suppose attendu. L’enjeu est de taille et il va y mettre toute son énergie.

Les troisièmes et les suivants réagissent un peu comme l’ainé avec une perte supplémentaire; ils ne seront plus le « petit dernier ». Ils vont devoir revendiquer une place nouvelle qui n’est pas toujours claire.

 

 

Catherine Claire Greiner