MERE/FILLE

J’ETAIS  LA  FILLE  DE  MA  MERE,

JE  DEVIENS  LA MERE  DE  MA  FILLE

 

S’il est une période de la vie pendant laquelle se posent les questions trans-générationnelles, c’est bien celle de la maternité.

Que cette problématique de la filiation soit parlée ou bien qu’elle soit inconsciente, elle fait partie des étapes psychiques incontournables de la grossesse.

La psychogénéalogie est un outil psychologique qui permet d’explorer ce vaste domaine. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un travail psychologique autour des questions liées à l’héritage familial et à la descendance, la généalogie.

De quoi s’agit-il ?

La femme enceinte doit se livrer à une gymnastique psychique complexe qui consiste à passer du statut identitaire de « fille de ses parents » à « mère de son enfant ». Il s’agit d’une alchimie subtile entre la femme et la mère en devenir. C’est au moment de la première grossesse que s’effectue ce premier travail de mutation mais ce processus est réactivé à chaque grossesse car chaque enfant est différent, n’a pas la même histoire ni exactement la même mère que ses frères et sœurs.

Pourquoi une représentation graphique ?

Intégrer cet outil à la préparation à la naissance comporte plusieurs avantages.

En effet, quand on dresse « l’arbre gynécologique » de la femme pendant sa grossesse, c’est à dire l’arbre de la famille dont elle est issue, de manière intuitive avec ses souvenirs, cette mise à plat de sa propre histoire permet de faire émerger la systémique de la famille, les loyautés inconscientes mais extrêmement puissantes qui délimitent le champ de liberté de chacun de ses membres.

Dresser son arbre généalogique permet à la femme enceinte de se situer dans sa propre lignée et de s’approprier sa propre histoire familiale avec les appartenances et les prises de distance.

Ce premier jet sous forme d’arbre de sa propre famille inscrit l’histoire personnelle de la femme et du couple de futurs parents dans un système composé de tous les chemins individuels de chacun des membres de cette communauté à laquelle on appartient, de fait.

Dans un deuxième temps, au dos de la feuille sur laquelle la femme enceinte a dessiné son arbre ; elle trace l’arbre de l’enfant à naitre. Elle commence par inscrire les personnages de la lignée paternelle puis à nouveau ceux de la sienne, mère en puissance.

Ce qui est intéressant dans cet exercice, c’est de constater que les personnages figurant dans l’arbre de l’enfant du coté maternel prennent alors une position décalée. Certaines femmes de la famille sont parfois identifiées par leur nom de jeune-fille, ou bien avec un autre prénom ou surnom, certains membres de la famille disparaissent purement et simplement ou d’autres surgissent, qu’on avait oublié au verso de la feuille. De nouveaux personnages entrent en scène qui étaient occultés par exemple des cousins issues de remariage ou des « demi-frères ». Ce qui est remarquable, c’est que cette lignée « maternelle », avec les même personnages n’est pas identique à la lignée précédente qui concernait la femme enceinte, « fille de- « .

On note aussi souvent des « erreurs grossières » ; le saut  d’une génération pour un oncle ou un neveu et ces « erreurs » montrent que le changement de génération n’est pas encore accompli pour la femme enceinte.

Re-dessiner sa famille, se situer sur une feuille de papier, comme un dessin d’enfant mais à l’âge adulte, permet de se réapproprier physiquement, sa propre histoire avec crayons de couleurs, gomme et papier. « Un jeu d’enfant » …

Quel est le poids du passé ?

L’arbre généalogique n’oublie rien et si nos souvenirs sont plus ou moins nets, ils pèsent et s’ajoutent à ceux de la famille dans son ensemble.

L’obstétrique était moins performante du temps de nos grands-mères et arrières-grands-mères, il est donc fréquent que la femme signale dans l’arbre des « accidents de naissance ». Telle femme de la famille a accouché d’un enfant mort-né, ou porteur d’une malformation. Telle autre a fait des successions de fausse-couches, telle famille n’a eu que des filles…En parler permet d’alléger ces souvenirs afin qu’ils ne viennent pas perturber le présent.

Les dates anniversaires sont importantes  dans cet inconscient collectif familial féminin. Les dates, l’écoulement du temps, la périodicité des règles, sont inscrites dans le corps des femmes pubères. Les prénoms et les maladies sont les balises sur le chemin de cette histoire.
Cette plongée dans son passé familial et dans cette projection d’une naissance à venir, quand elle est accompagnée par un professionnel permet à la femme enceinte de se sentir plus confortable dans cette transformation d’elle-même. Elle est un peu comme le serpent qui mue et est en train de changer de peau pour une nouvelle qui n’est pas si différente mais qui abandonne pourtant l’ancienne.

 

Un outil précieux pour la paternité :

Pour le futur père, les séances qui lui sont proposées sont souvent la seule occasion pour lui d’envisager cette paternité en étant accompagné par un professionnel. Le suivi médical de la grossesse de sa compagne occupe tout le champ social et familial. Certains se sentent comme le bourdon chassé de la ruche et semblent se détourner ou se désintéresser de cette naissance annoncée. D’autres au contraire sont présents à toutes les consultations de Madame, mais en ressortent souvent déçus car la paternité prend peu de place dans ces consultations qui se focalisent sur la grossesse.

 

Et le couple ?

Ces séances de psychogénéalogie prénatales, permettent de donner au couple une dimension nouvelle à cette naissance annoncée. Question de perspectives qui changent mais aussi sorte de nettoyage avant le grand jour de l’accouchement car certains évènements familiaux « dont on ne parle pas » sont souvent à l’origine de symptômes qui viennent perturber le bon déroulement du travail obstétrical, voire du vécu de la grossesse.

 

A l’heure où l’album de famille s’enrichit des premiers clichés d’ échographies, « l’arbre gynécologique », représentation instinctive de cette filiation peut aujourd’hui y figurer en bonne place, pour le confort des parents et le bonheur des nouveaux-nés.

Informations

Catherine Claire Greiner