Bébé dans la maison

Faire une place  dans la maison à l’enfant qui s’annonce est aussi important que lui prévoir sa place dans la nouvelle famille.

 

Maternité, Paternité, une perception différente du temps:

Du désir d’enfant à l’organisation pratique, il se passe au moins neuf mois. Ce temps parait parfois vide, les travaux prévus ne sont pas terminés, les achats non plus. Pourtant ce temps est toujours suspendu, c’est un temps d’attente pendant lequel se construit une représentation tangible de l’enfant « né ».

Cette période est riche et les représentations infantiles se mélangent aux projections nouvelles et aux stéréotypes sociaux et culturels.

La pensée dominante présente la femme qui devient mère comme un accomplissement de sa féminité.
Un homme reste un homme socio-culturellement, sans être père.
Du coup, le future BB de ces deux-là n’occupera pas la même place dans la tête des parents et donc dans la maison.

La place de l’enfant à venir devient peu à peu un projet commun qui est une création du couple. L’enfant à venir habite alors 3 places ; l’une dans la tête de Madame, une place dans la tête de Monsieur et une place dans l’espace virtuel créé par le couple.

Le « devenir parent » s’articule autour de ces différentes places. C’est l’origine de la place qu’occupera le foetus au sein de la famille.

 

9 mois pour lui faire une place:

Il s’agit d’un long processus qui commence parfois avant la grossesse. Les échographies permettent une articulation personnelle entre la réalité et les projections parentales.
Voir pour prévoir. Le fœtus qui est réalité et dont les mouvements sont perçus par la femme devient réalité pour l’homme au cours des échographies.
Chez Monsieur, ce « voir » qui n’est pas » sentir » permet de pouvoir anticiper la place que va occuper le bébé. Le « sentir » les mouvement du foetus  reste l’espace du féminin-maternel. Le « toucher » haptonomique peut favoriser  la construction paternelle.

La construction du nid. Une étape essentielle parfois difficile à partager car les ajustements indispensables dans le couple commencent à apparaitre.

 

Le jour J:

Le moment clé est la naissance du BB et l’accouchement. La difficulté pour la femme qui accouche est de déloger, de chasser, de projeter, d’exclure d’expulser, mettre dehors. De placer hors de soi.
Pour le père, à cet instant, il n’y a pas de place pour l’enfant hors de sa mère.

La première maison du bébé, c’est le ventre de Maman. La deuxième maison du bébé sont  les bras de sa mère, transition entre l’utérus et le reste du monde. La troisième maison du bébé sont les bras de son père, puis viennent les autres membres de la fratrie et de la famille.

Le premier berceau à la maternité n’est qu’un de ces lieux de transit, jusqu’au retour à la maison.

Le lit de bébé, le couffin, le berceau ne vient que beaucoup plus tard. Il existe pourtant avant la naissance. C’est un retour dans l’espace et dans le temps. Sa nouvelle maison ne deviendra la sienne que beaucoup plus tard. C’est d’abord celle de ses parents. Ces derniers SONT sa maison.

Le nouveau-né est sexué. Une fille ou un garçon n’occuperont pas la même place. (voir les préférences de nourrissage pour les garçons en Afrique par exemple).

 

BB N°2, N°3…

La famille change et quand elle s’agrandit, elle se transforme. Les arrières grands parents et les grands parents, les cousins oubliés ou les tantes et oncles inconnus se mettent à exister, parfois en creux, par défaut.
La fratrie, elle aussi doit faire de la place au bébé qui s’annonce. Certaines situations familiales sont plus complexes que d’autres et nécessite un accompagnement psychogénéalogique.

« Tu seras Ministre, mon fils »,
« Tu seras danseuse étoile ma fille »
…ou l’inverse:

La découverte du monde par le BB est orientée par les projections parentales. Le choix des objets qui entourent le nouveau-né est déjà relatif aux espoirs et désirs des parents comme le seront le choix des jeux éducatifs, des vêtements et du vocabulaire parental.

Marcher, parler,  c’est prendre sa place dans l’extérieur de la maison, dans le groupe élargie de la famille puis de la société. Le modèle dominant, bleu pour les garçons et rose pour les filles enferme très tôt et trop souvent ces dernières dans un rôle subalterne, pré-défini et stéréotypé.

Attention de ne pas restreindre les possibles. Les jouets « de fille » ou « de garçon » orientent très tôt les choix des enfants.

 

Organisation pratique:

Attention ! Les futurs parents constituent un véritable marché commercial captif.

Pour le retour de la maternité, voici les achats indispensables:
  • Un lit avec une turbulette,
  • Une baignoire ou une bassine réservée à bébé,
  • Un matelas à langer, des couches,
  • Un savon de Marseille sans colorant ni parfum ni conservateur, un flacon de liniment oléo-calcaire, un tube de pommade au zinc,
  • Un thermomètre auriculaire,
  • Ses premiers vêtements.

Le reste n’a rien d’urgent.

Les bébés pleurent:

Tout le monde le sait, les bébés pleurent. Mais on ne sait pas toujours pourquoi.
Ils pleurent parce qu’ils ont faim, ou froid, ou trop chaud. Par ce qu’il y a trop de lumière, ou qu’ils ne savent pas encore s’endormir et rester seuls. C’est leur mode d’expression.
Ils pleurent par ce qu’ils sont nés !
En effet, pendant les 9 mois de gestation, température constante, chaleur constante, nourriture en continu, bercement rassurant.
Et puis, patatra ! ils naissent et là commence la frustration.
La frustration, c’est à dire :  Un problème se pose à moi, comment je fais, avec mes propres ressources pour y faire face ?
C’est l’apprentissage.
Il n’est pas question de laisser pleurer un nouveau-né trop longtemps sans intervenir. Cependant, ne pas se précipiter tout de suite. Lui laisser le temps d’exprimer un besoin, et éventuellement de trouver sa solution.
N’oublions pas que du point de vue du bébé, si on ne s’occupe pas de lui tout de suite, c’est la fin du monde. Pourtant, il n’a pas besoin que le parent entre dans sa panique. Au contraire, il convient de le rassurer et de se souvenir qu’un bébé qui pleure, c’est normal.
Souvent, ce sont les coliques ! Bébé pleure.

Donner sa place au bébé dans la maison:

Il convient de lui faire une place, toute sa place mais rien que sa place. Attention, lui céder la chambre pendant que les parents se rapatrient dans le canapé du salon n’est pas toujours la meilleure solution.

Bébé doit identifier l’endroit où il est sensé dormir, et dans la journée, de préférence dans une pièce où la mère n’est pas.
En effet, s’il est installé à proximité de sa mère, le bébé risque de s’empêcher de dormir pour rester avec sa mère ou son père. Et s’il dort, la qualité de son sommeil n’est pas la même.
Peu à peu, se trouvera cet équilibre entre le temps où bébé est collé à sa mère et celui où il est seul dans son lit.
A chacun son rythme.

 

 

 

 

 

 

 

Catherine Claire Greiner