La chasse aux sorcières continue

 En France, aujourd’hui, on ne brule plus les matrones soupçonnées de commerce avec le diable sur les places publiques. En revanche, elles ne peuvent pas s’assurer pour exercer leur art;

les accouchements.
Elles sont donc, de fait excommuniées de la communauté des professionnels de santé.

On ne vilipende plus leur savoir chaque dimanche dans les paroisses, mais on met quotidiennement en doute leurs compétences, leur professionnalisme, leur apport en santé publique pour l’ensemble de la population.

On ne les prive pas directement de nourriture au fond d’un sombre cachot, mais de plus en plus de sage-femmes libérales ne parviennent plus à vivre décemment des revenus de leur travail.

On ne leur interdit pas d’exercer (quoi que si encore parfois, et la menace est permanente) mais on leur impose, sans concertation, une nouvelle nomenclature, l’obligation de la télétransmission, c’est à dire des coûts de fonctionnement toujours augmentés. Cette adaptation à la modernité de notre système de santé diminue inexorablement leur pouvoir d’achat, ou bien  les oblige à « faire du chiffre ».
En effet, comment continuer un accompagnement de qualité, c’est à dire des consultations de 45′ à 1h si la rentabilité du cabinet exige une moyenne de 12  à 15 consultations/jour ?
Notons qu’alors, nous ne sommes plus aux 35h de travail, mais aux 60h/semaine, sans compter les week-ends et jours fériés, le temps de travail invisible (prises de RV, recherches techniques, relations partenaires, comptabilité, transport, formation continue) et la formation continue.

Dans les média, on leur donne rarement la parole.
On parle à leur place.
On parle d’elles, les sage-femmes libérales.

Au niveau du vocabulaire, on maintient un flou artistique qui rend  l’information opaque  :
  • Une  Maison de naissance n’est pas un pôle physiologique.
  • La préparation à l’accouchement (pour la Dame) n’est pas la préparation à la naissance (pour BB, en Hapto par exemple) qui n’est pas non plus le soutien à la parentalité (qui inclue la père sans que ce dernier soit remboursé par la SS).
  • Un accouchement inopiné n’est pas un accouchement programmé à domicile.
  • Un accouchement médical (sous Péridurale) n’est pas un accouchement normal physiologique.
  • La prise en charge des soins par la SS n’est pas la gratuité, et…
  • le plus beau métier du monde n’est plus le plus beau métier du monde…Voilà comment, dans le plus grand silence, on musèle une profession pourtant essentielle à toute la population, mais qui n’est composée dans l’hexagone que de 22 000 professionnelles. C’est à dire un métier inexistant en terme de rapport de forces.
    Voilà pourquoi, sans nos patientes, nous ne sommes rien ni personne.
    Voilà pourquoi, tant que les femmes et les couples ne défendront pas leurs sages-femmes, ces dernières risquent de disparaitre ou d’être remplacées par un bataillon de techniciennes et/ou par les Doulas. Les femmes y perdront leurs seules alliées pour les questions de contraception, de grossesse, d’accouchement, de bébés, de sexualité, de famille, de santé, de vie de femme.
    Mais elles ne le savent pas.

    Qui d’autre que nous, sage-femmes peuvent leur dire ?