« Faux bébés à adopter pour mamans en deuil »

Une dépêche de l’AFP mettait en exergue cette nouvelle tendance présente dans les pays anglo-saxons que d’investir des poupons plus vrais que nature en tant que symboles d’un bébé mort. Le réalisme de ces poupées est poussé à l’extrême et peu de choses les différencient d’un véritable enfant décédé. Le nom même choisi par leurs créateurs est symbolique : Reborn Babies… Les bébés nés à nouveau.

Il est difficile de poser un avis tranché sur cette propension à « réincarner » le nourrisson décédé. Si la persistance du contexte morbide ne me semble pas être idéal car il empêche le véritable deuil (qui prend du temps, rappelons-le…), le fait de symboliser l’enfant par un poupon et de pouvoir ainsi terminer une relation de manière rituélique peut constituer une solution curative partie prenante du processus de deuil.

Ainsi, quand une maman met au monde un enfant mort-né, elle peut ressentir le besoin viscéral de faire persister la relation qu’elle avait avec lui in utero et de projeter à l’extérieur d’elle-même ce cri d’attachement frustré par la mort. Le poupon symbolique deviendra alors, le temps nécessaire, un substitut transitionnel à la perte qu’elle doit intégrer, digérer peu à peu.

Quand la maman en deuil se sent prête, elle peut alors prendre le temps d’une cérémonie complémentaire à l’inhumation de son bébé bien réel, dont les funérailles ont eu lieu au tout début du processus de deuil, quand la mère était encore plongée dans une phase de sidération bien normale.

Dans le cas où l’enfant mort-né n’avait pas atteint le terme légal pour être reconnu comme être humain tangible et membre de la famille inscrit à l’état civil, le fait de porter quelque temps ce substitut de bébé aux traits réalistes peut constituer un palliatif puissant à la souffrance parentale. L’enfant symbolique peut être alors « mis au monde » puis recevoir les sacrements que le contexte légal n’a pu donner au foetus né trop tôt. La ritualisation permet de clôturer un cycle et de se donner de nouvelles chances pour le vécu du reste de l’existence.

Par contre, la frontière du deuil pathologique est elle aussi rapidement atteinte. Il convient alors aux membres de la famille de la maman en deuil ou à ses proches d’attirer son attention sur les effets néfastes que le culte de l’enfant mort à travers cette statue symbolique implique. Le fait de persister dans un mime du réel, à travers les soins délivrés à cette poupée tellement réaliste, peut constituer un obstacle à l’accomplissement du deuil initial. Il s’agit de reculer pour mieux sauter, sauf que le saut n’arrive jamais. Un accompagnement du parent en souffrance devient alors impératif.

http://www.lepoint.fr/monde/faux-bebes-a-adopter-pour-mam…

Écrit à partir de l’article de Virginie Stevens

Attention !
Le deuil est un travail personnel, qui prend du temps et qui le plus souvent doit être accompagné. Un objet, une poupée, un faux bébé ne remplacera jamais un accompagnement humain.
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