sexualité et maternité

Que dire, que faire ?

L’activité sexuelle d’un couple où la femme est enceinte est un sujet complexe mais dont on parle,
soit selon des critères médicaux en termes de risques,
soit selon des références religieuses en termes d’interdits,
soit selon des considérations psychologiques en terme d’inconscient,
soit selon des expériences personnelles en terme de témoignages,soit selon des références à des études sociologiques en termes scientifiques,
soit selon des arguments médiatiques en terme de modèles,
soit selon des images littéraires en termes romantiques,
soit avec des mots crus en terme de blagues salaces,
Soit pas du tout, mais alors pas du tout, du tout, ni à l’extérieur ni dans l’intimité du couple.

Voilà un étrange paradoxe. En effet, la femme enceinte qui ne peut pas faire grand chose pour cacher son état aux yeux de tous, est l’expression visible de cette sexualité. Ce ventre rebondi dans lequel tout le monde sait que se développe un futur être humain est un objet de fantasmes.

Il semblerait que plus cette sexualité s’affiche, et moins elle existe dans la parole. Tout se passe comme si la femme en devenant enceinte devient un être asexué, qui ne s’appartient plus en tant que personne pour devenir un objet de soins vis à vis du corps médical et un objet sacré au regard de la société, de la culture ou de la religion.

La sexualité n’existe pas. Il n’y a que des sexualités:

Des sexualités signifie qu’il n’y a pas de norme, pas de bien ou de mal entre deux adultes consentants. De la même manière qu’on parle des sports, le sport se décline ensuite en sous-catégories ; les sports de glisse, les sports nautiques, les sports collectifs…

Il en va de même pour la sexualité :

Celle qui étonne les parents quand elle se manifeste dans l’enfance avec la découverte des organes de la sexualité, c’est l’auto-érotisme. Celle encore plus précoce dont nous parlent les échographistes qui ont vu sur l’écran des fœtus se tripoter le zizi. Et puis il y a celle de l’adolescence; explosion de pulsions et de découvertes. Ensuite vient la confrontation de sa propre sensualité, de son propre désir avec celui de l’autre. De cette rencontre peut se construire une relation. De cette relation peut naître une nouvelle personne, un fœtus, un bébé puis un enfant à élever. Ensuite vient la sexualité de la maturité, avec sa diversité, ses ruptures de rythme, ses phases d’hyperactivité et ses périodes d’hibernation. Plus tard, la sexualité des seniors, et de celle-ci on parle encore moins.

Parler de la sexualité n’est pas parler de sa sexualité. Et inversement.

Ainsi, la pornographie n’est pas l’érotisme ni l’éducation sexuelle le mode d’emploi de la libido. Il s’agit pourtant dans chaque cas « d’informations » en rapport avec la sexualité.

Cette activité qui concerne tous les êtres humains reste encore un sujet tabou, un registre de l’intime et de la sphère strictement privée. On parle plus aisément de ses sentiments que de sa sexualité. Cette réalité de la sexualité humaine concerne aussi les professionnels de santé, censés avoir sur le corps et ses émois, un discours objectif, factuel et scientifique, ce qui peut être  réducteur ou inadapté.

La définition de la sexualité donnée en 1975 par  l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) n’est pas beaucoup plus satisfaisante mais a le mérite de regrouper différents éclairages:

« la santé sexuelle est l’intégration des aspects somatiques, émotionnels et sociaux de l’être humain sexué de façon à parvenir à un enrichissement et à un épanouissement de la personnalité, de la communication et de l’amour ».

Quelques pistes historiques pour mieux comprendre:

Pendant l’Antiquité (<500 ans) la culture gréco-romaine domine. Seul le père engendre l’enfant, la femme n’étant que la couveuse pour la semence masculine. Les lois romaines exigent du citoyen qu’il fasse trois enfants. La  fidélité n’est pas exigée des époux et les hommes comme  les femmes utilisent sexuellement des esclaves castrés.

Coté grecs , Hippocrate dit que le rapport sexuel est responsable d’accouchement prématuré .  Aristote décrit l’activité sexuelle comme dangereuse jusqu’au 8ème mois, mais bénéfique pour l’accouchement dans le dernier mois. Soranos, un des premiers gynécologue-obstétricien, recommande d’éviter les rapports sexuels pour éviter les avortements.

Ensuite, l’église chrétienne n’autorise la sexualité que dans le mariage, exclusivement à des fins de reproduction ce qui représente le début de la répression sexuelle féminine à grande échelle.

Entre le VII ème et le X ème siècle, les nobles  doivent épouser une femme issue de la noblesse  et  peuvent vivre en concubinage avec des esclaves. Ce n’est qu’au XIème siècle que la polygamie disparaît officiellement et en 1439 seulement que le mariage devient un sacrement, dans le but de préserver le couple et les héritages.

Notons qu’au XV ème siècle, la prostitution est tolérée.

La médecine commence à faire partie de la vie sociale du XVIII ème au XIX ème siècle ce qui fait passer la sexualité de la faute sacrilège à la maladie…Les mœurs sont contrôlés par l’Etat qui nomme « crimes » les actes dits contre-nature, comme l’adultère ou la sodomie.

L’époque contemporaine, de 1900 à nos jours est marquée par la psychanalyse. Freud présente la sexualité comme l’expression d’une pulsion normale du développement de la personnalité humaine et précise que les tabous sexuels sont d’ordre culturel.

La libération sexuelle est mise en veilleuse suite à la crise économique des années 30.

L’apparition des antibiotiques dans les années 1940 (découverte du Dr. Fleming en 1928) qui permettent de traiter les Infection Sexuellement Transmissibles est une étape déterminante qui va modifier la sexualité.

En 1960, la commercialisation de la pilule contraceptive puis le droit à l’avortement à partir des années 1970 ont apporté une sécurité sur le plan sexuel révolutionnaire. En effet, la loi Neuwirth en 1957 légalise les méthodes contraceptives en France. Le 17 janvier 1975, la loi Veil dépénalise le recours pour les femmes à l’interruption volontaire de grossesse.

Pour la première fois, et depuis seulement 40 ans, la sexualité-reproduction et la sexualité-plaisir sont différenciées.

L’éducation sexuelle en France est obligatoire dans les établissements scolaires, (circulaire du 26 juillet 1973) lesquels doivent enseigner l’anatomie et de la physiologie sexuelle humaine dans les cours de sciences naturelles.

La découverte en 1983 du virus du VIH va encore modifier la sexualité, laquelle après s’être libérée redevient synonyme de mort bien qu’elle  représente une promesse de vie.

Cette ambivalence semble éternelle.