Péridurale, la grande illusion

Article scientifique du Dr. Serge Bizieau,

ancien chef de service de la maternité de l’hôpital Nord 92 de Villeneuve la Garenne, « les dossiers de l’Obstétrique » N°255

 

« La grande illusion (de vivre son accouchement sous analgésie péridurale), le mensonge entretenu par le langage pseudo-scientifique des professionnels, enfin la marchandisation de l’Etre humain gère l’esprit malin de nos salles de travail encore accusés d’insécurité !

Interdiction de bouger, interdiction de penser, interdiction de sentir, interdiction de ressentir, voilà l’avenir auquel nous sommes « invités », parents, fœtus, et accompagnants de la naissance !… »

Est-il juste de se retrouver pour quelques heures, immobilisée pour donner naissance à son enfant ? Est-il juste d’infliger au fœtus des contractions utérines cadencées par l’ocytocine, parfaitement anti-rythmiques et donc étrangères au processus vitaux, afin de gagner quelques heures et de se débarrasser au plus vite …pour laisser la place ou éviter soigneusement d’affronter ses angoisses existentielles, ses limites ?

La question essentielle pour nous obstétriciens, pédiatres, sages-femmes, parents, n’est-elle pas, au-delà du confort maternel, celle des conséquences sur le fœtus, le nouveau-né et l’enfant. (…) Nous créons de toute pièce la séparation mère-enfant par l’analgésie péridurale de confort systématique ; avant de laisser se généraliser cette pratique réfléchissons ensemble sur les liens éventuels entre la genèse de la maltraitance à enfant, le besoin de consultations psychiatriques chez des enfants de plus en plus jeunes par des psychiatres qui ont l’impression d’intervenir trop tard car c’est bien en amont qu’il faut travailler : pendant la gestation  et en maternité pour prévenir « l’abandon », le manque de forces vitales transmises par la mère à son enfant.

(…) Sur le plan législatif la réalisation de l’analgésie péridurale obstétricale est souvent présentée à l’opinion publique comme dénuée de tout inconvénient. Pourtant des incidents, accidents et complications existent. (…)Tout médicament présent dans la circulation maternelle est susceptible de traverser la barrière placentaire.

Sous péridurale, nous assistons à une augmentation de la durée de l’expulsion : il en résulte un nombre d’extractions instrumentales et d’épisiotomies plus important. (…)

L’Analgésie Péridurale Obstétricale (APO) favorise l’apparition d’infections urinaires en étant associée à une durée prolongée du travail : l’augmentation des sondages urinaires et des épisodes de rétention vésicales compromettent le déroulement d’une miction efficace.

Tous les morphiniques traversent rapidement la barrière placentaire et peuvent entrainer des modifications du Rythme Cardiaque Fœtal (RCF). L’association anesthésiques-morphinique actuelle lors de l’APO peut entrainer des chutes importantes de la pression artérielle systolique maternelle dont le fœtus fait les frais, sous forme de bradycardie, de ralentissements tardifs (Collins The Lancet), etc. (…)

Dans un article consacré aux causes profondes de difficultés scolaires, le Dr. Anne-Marie Castenet écrit que la France a encore des efforts considérables à faire pour promouvoir la naissance « sans violence ». Cela permettrait de faire baisser le niveau d’hypernervosité de nombreux élèves, selon une enquête effectuée par l’INSERM en 1978.

Une autre étude (Jacobson B) en 1988) a montré une corrélation entre les toxicomanies de l’adolescence et l’administration de drogues à la mère pendant l’accouchement.

Une étude scandinave très instructive portant sur 412 suicides (de 1978 à 1984) a montré des corrélations entre les conditions de la naissance et les modes de suicide.

Une expérience japonaise publiée en 1991 a montré que 21 enfants diagnostiqués autistes sur 23, étaient nés dans un hôpital qui pratiquait 95% d’anesthésies générales au moment de l’accouchement. Cette étude met l’accent sur le lien mère-enfant rompu par l’anesthésie générale. (..)

Il est frappant d’observer dans ces études les corrélations entre les médicaments reçus par la mère en salle de travail, les gestes obstétricaux, et les problèmes de santé physique et mentale retrouvés chez les enfants, les adolescents et les adultes plusieurs années après. Malheureusement, les pratiques obstétricales de notre pays ne sont guère évaluées au-delà du 5ème jour après la naissance, étant donné que les durées moyennes de séjour dans nos maternités sont fréquemment inférieures à 5 jours…

Une des particularités de notre service était de permettre l’accès au plateau technique obstétrical à 6 sages-femmes libérales dont le travail global d’accompagnement (suivi des grossesses, préparation à la naissance accouchement et post-partum), peut être qualifié d’ »orfèvrerie » en obstétrique.

Ce travail montre que la liberté de mouvement et de posture, l’accompagnement par une seule personne connue, le respect de l’intimité et du temps, facilitent grandement la physiologie de l’accouchement et est réalisable dans un service public hospitalier. (…)L’accompagnement global par les sages-femmes assurant la totalité du suivi de la grossesse et de l’accouchement, est inversement proportionnel au nombre de forceps et de césariennes. Les chiffres européens montrent que plus le nombre des médecins obstétriciens augmente et plus le nombre des accouchements médicalisés augmente.

Comment rendre, par des moyens simples et moins coûteux l’accouchement plus facile ?

  • Préserver l’intimité de l’accouchement en créant de petites salles chaleureuses permet aux femmes de vivre leur accouchement sans stress et dans un contexte moins médico-chirurgical.
  • L’utilisation du bain chaud pendant le travail permet un réel soulagement de la sensation douloureuse, une accélération de la dilatation cervicale ainsi qu’un assouplissement effectif du périnée, diminuant de manière significative les épisiotomies.
  • L’utilisation de l’analgésie par acupuncture (cf. ValetteC, Penel J, Favre G.,)
  • L’utilisation de la réflexothérapie lombaire (cf. Dr. Irrmann)

En conclusion, l’accueil et l’accompagnement global de l’accouchement, ainsi que la proposition de plusieurs techniques d’analgésie, de réalisation facile, de coût modéré et d’innocuité totale, peuvent faire diminuer le taux d’APO responsables d’incidents nombreux…voire d’accidents (cf. rapport publié par le conseil médical d’une mutuelle d’assurance santé ; le « sou médical » sur l’exercice de1996).

Développer les petites structures type « maisons maternelles »* au sein même ou aux abords des grandes structures, redonner aux sages-femmes leur pleine et entière responsabilité pour protéger les parturientes de l’intrusion d’une médicalisation inappropriée et grossière, constituent des mesures de santé publique pour l’avenir des hommes dont nous avons la responsabilité dès leur première heure. »

Et pour ceux qui veulent des études: http://reseauinternational.net/declaration-choquante-dun-initie-du-domaine-medical/